Il n’existe pas un seul bon moment pour demander du soutien en couple. Certaines personnes arrivent dans une période très tendue. D’autres viennent parce qu’elles en ont assez de répéter les mêmes conversations, sans qu’une séparation soit envisagée.
De mon point de vue de praticienne, la question n’est donc pas de savoir si la situation est assez grave. Elle consiste à regarder ce qui se répète, ce qui devient difficile à nommer, et ce que chacun aimerait voir évoluer.
Trois idées reçues qui font hésiter
« C’est seulement pour les couples au bord de la séparation »
Les couples consultent à des moments très différents. Certains arrivent alors que la séparation est déjà envisagée. D’autres veulent surtout comprendre pourquoi les mêmes difficultés reviennent, ou pourquoi certaines discussions deviennent de plus en plus lourdes.
Il n’est pas nécessaire d’attendre qu’une décision soit prise ou qu’une crise éclate pour parler de ce qui ne fonctionne plus comme avant.
« Il faut que les deux soient également convaincus »
Les deux personnes n’arrivent pas toujours avec la même motivation. L’une est très demandeuse, l’autre plus hésitante. Cette différence n’empêche pas une première conversation, à condition que chacun puisse exprimer ce qu’il souhaite — ou ne souhaite pas — dans la démarche.
Si une seule personne veut réfléchir à la relation, un accompagnement individuel constitue parfois une autre porte d’entrée, selon le cadre de pratique du professionnel consulté.
« La thérapeute va dire qui a raison »
Dans un accompagnement de couple, l’objectif n’est pas de départager les torts. Il s’agit de mieux comprendre ce qui se produit dans les échanges : ce qui déclenche certaines réactions, ce que chacun tente de protéger ou de demander, et ce qui entretient le blocage.
Cela ne veut pas dire que tous les comportements se valent, ni que la responsabilité est toujours partagée également. Lorsqu’il est question de violence, de contrôle, de peur ou de sécurité compromise, la priorité n’est pas de chercher un équilibre artificiel entre les responsabilités — et une démarche de couple n’est alors pas la première porte à franchir.
SI LA PEUR FAIT PARTIE DE LA RELATION
Quand une personne a peur de son ou sa partenaire, quand elle surveille ses mots pour éviter une réaction, ou quand quelqu’un contrôle ses déplacements, son argent ou ses contacts, la question n’est plus de savoir comment mieux communiquer à deux.
SOS violence conjugale : 1 800 363-9010, en tout temps. Service confidentiel et bilingue, aussi accessible par texto au 438 601-1211 et par courriel à sos@sosviolenceconjugale.ca. La ligne s’adresse aux personnes concernées comme à leurs proches, et peut orienter vers les ressources du territoire.
En cas de danger immédiat : composer le 911.
Ce que j’observe quand les mêmes difficultés reviennent
Ce qui attire mon attention n’est pas la présence d’un conflit. C’est l’impression qu’un couple n’arrive plus à sortir du même scénario : les mêmes sujets reviennent, certaines discussions sont évitées à l’avance, ou la relation se réduit progressivement à l’organisation du quotidien.
Un événement a parfois déplacé quelque chose : une naissance, un deuil, une infidélité, un déménagement, une période financière difficile. Ce n’est pas l’événement lui-même qui indique s’il faut consulter, mais la façon dont le couple réussit — ou non — à en parler et à s’ajuster.
À RETENIR
Il n’existe pas de nombre de disputes, de durée minimale ni de niveau de gravité à atteindre avant de demander du soutien.
Comment se déroule une démarche
Les premières rencontres servent à clarifier ce que chacun souhaite comprendre ou changer, et à observer les situations dans lesquelles le dialogue se bloque. Le rythme et la durée dépendent ensuite de la situation, des objectifs, et du cadre proposé.
Une précision sur ce cadre : je pratique la relation d’aide, qui ne se confond pas avec la psychothérapie. Mon accompagnement ne vise ni le diagnostic ni le traitement d’un trouble de santé mentale. Quand une situation dépasse mon champ de pratique, mon rôle est de le reconnaître et d’orienter vers la bonne ressource.
Ce que l’accompagnement de couple ne promet pas
Demander du soutien ne garantit pas qu’un couple restera ensemble. La démarche ne promet pas non plus que l’autre changera comme on le souhaite, qu’un professionnel décidera qui a raison, ou que quelques rencontres feront disparaître les désaccords.
Ce qu’elle offre, c’est un espace pour mieux comprendre ce qui se passe dans la relation, clarifier ce que chacun souhaite pour la suite, et essayer d’autres façons de communiquer ou de poser ses limites.
Elle ne préjuge pas de l’issue. Certains couples souhaitent continuer ensemble. D’autres cherchent surtout à clarifier une décision de séparation, ou à mieux traverser cette transition — ce qui compte particulièrement lorsqu’il y a des responsabilités parentales en jeu.
Faut-il attendre que la situation soit grave ?
Non. Il n’existe pas de seuil à franchir avant de demander du soutien. Certaines personnes consultent pendant une crise; d’autres parce qu’elles ne veulent plus répéter les mêmes conversations, ou parce qu’elles veulent prendre du recul avant qu’une décision importante soit prise.
Consulter n’est pas la preuve qu’un couple a échoué. C’est une façon de créer un espace de réflexion quand les échanges habituels ne permettent plus d’avancer.
À PROPOS DE L’AUTEURE
Sylvie St-Marseille est thérapeute en relation d’aide à Saint-Jérôme, dans les Laurentides. Elle accompagne des adultes et des couples, en personne et en visioconférence. On peut en savoir plus sur la façon de consulter en thérapie de couple avec elle.