C’est une nouvelle qui a fait l’effet d’une petite bombe de l’autre côté de l’Atlantique. L’administration Trump a signé un décret reclassifiant le cannabis médical comme une drogue moins dangereuse. Si vous pensiez que ceci signifiait une légalisation totale et immédiate, détrompez-vous.
La réalité est plus nuancée, mais le changement n’en est pas moins historique.
Cette décision marque un tournant important pour la politique fédérale américaine, après plus de cinquante ans d’une classification extrêmement stricte. Mais alors, que signifie vraiment cette modification de statut ? Pour le meilleur ou pour le pire ?
C’est ce que nous allons explorer, en décryptant les impacts concrets de cette mesure pour les entreprises, la recherche scientifique et la société dans son ensemble.
Une reclassification historique, pas une légalisation
Pour bien saisir la portée de cette annonce, il est essentiel de comprendre la manière dont les substances sont classées aux États-Unis. Jusqu’à présent, le cannabis était traité de la même manière que les drogues les plus dures.
Qu’était le classement en « Schedule I » ?
Depuis des décennies, le cannabis était classé en « Schedule I » (catégorie I) par la loi fédérale. Cette catégorie est réservée aux substances considérées comme ayant un fort potentiel d’abus et, surtout, « aucune utilisation médicale actuellement acceptée ». Il se retrouvait ainsi sur la même liste que l’héroïne ou le LSD.
Une position qui semblait de plus en plus déconnectée de la réalité, alors que la majorité des États américains ont légalisé son usage médical, voire récréatif.
Le passage en « Schedule III » : un changement de paradigme
La reclassification fait passer le cannabis en « Schedule III » (catégorie III). Il s’agit d’un changement de philosophie radical. Cette catégorie regroupe des substances reconnues pour leurs bienfaits médicaux et présentant un potentiel d’abus faible à modéré.
On y trouve par exemple des produits comme le Tylenol contenant de la codéine. Le gouvernement fédéral reconnaît donc officiellement que le cannabis possède des vertus thérapeutiques, mettant fin à une longue période de déni.
Ce que la reclassification ne change pas (encore)
Il est important de le souligner : cette mesure ne légalise pas le cannabis au niveau fédéral. Sa vente et sa consommation en dehors d’un cadre médical approuvé par un État restent illégales. La décision se concentre sur le cannabis médical vendu dans les États où il est autorisé et sur les produits approuvés par la Food and Drug Administration (FDA).
La disparité entre la loi fédérale et celle de nombreux États se réduit, mais n’est pas encore totalement comblée.
Un immense bol d’air pour l’industrie du cannabis
Si la portée symbolique est forte, les conséquences les plus immédiates et spectaculaires sont économiques. Pour les entreprises du secteur, cette reclassification est bien plus qu’une simple formalité administrative, c’est une transformation économique majeure.
La fin du casse-tête fiscal
Jusqu’à présent, les entreprises vendant du cannabis, même en toute légalité dans leur État, subissaient une double peine fiscale. En raison de leur classification en « Schedule I« , elles n’avaient pas le droit de déduire leurs dépenses professionnelles les plus courantes (salaires, loyers, marketing) de leurs impôts fédéraux. Elles payaient donc des impôts sur leur chiffre d’affaires brut, une situation qui entravait financièrement de nombreuses structures.
Avec le passage en « Schedule III« , cette restriction tombe. Pour la première fois, ces entreprises pourront fonctionner comme n’importe quelle autre société et déduire leurs charges. Terry Mendez, PDG de Safe Harbor Financial, une société spécialisée dans le secteur, parle de « l’action fédérale la plus importante sur la politique du cannabis depuis plus de 50 ans ».
Des investisseurs et partenaires rassurés
Cette nouvelle légitimité ouvre également de nouvelles portes. Le statut de « drogue dure » du cannabis rendait les banques, les investisseurs et les partenaires immobiliers extrêmement frileux. Opérer dans ce secteur était perçu comme un risque majeur.
Anthony Coniglio, PDG de NewLake Capital Partners, Inc, confirme que ce changement est « un virage majeur non seulement pour les opérateurs et les patients, mais aussi pour les investisseurs et les prêteurs« . Le secteur devient beaucoup plus stable et attractif.
La recherche scientifique enfin libérée de ses chaînes ?
Lever les barrières administratives
Mener des recherches sur une substance de « Schedule I » est un processus très complexe. Les scientifiques devaient obtenir de multiples autorisations, se soumettre à des contrôles drastiques et avaient un accès très limité à la substance elle-même. Cette situation a considérablement freiné la compréhension scientifique des effets, des risques et des bienfaits potentiels des cannabinoïdes.
Vers une meilleure compréhension des cannabinoïdes
Le passage en « Schedule III » va considérablement assouplir ces contraintes. Comme le souligne Sasha Kalcheff-Korn, directrice exécutive de l’organisation Realm of Caring, « la reclassification facilitera la réalisation de futures études« . Les scientifiques pourront plus facilement obtenir la matière première pour leurs recherches, lancer des essais cliniques et ainsi « construire le fondement scientifique » qui fait encore cruellement défaut.
Ceci permettra de confirmer ou d’infirmer ce que de nombreux patients rapportent déjà de manière empirique sur le soulagement de leurs symptômes.
Des voix prudentes se font entendre
La crainte d’un message confus
Pour Kevin Sabet, dirigeant de l’association Smart Approaches to Marijuana, cette décision risque « d’envoyer un message confus » au public sur la sécurité réelle du cannabis. Il craint une banalisation de la substance et accuse l’administration de céder aux sirènes des « PDG du cannabis« . Cette position met en lumière la tension entre la reconnaissance d’un usage médical et la prévention des risques liés à un usage récréatif non contrôlé.
La santé publique avant tout
Pam Jenkins, PDG de Shatterproof, une organisation de lutte contre l’addiction, partage cette opinion. Elle insiste sur la « responsabilité de s’assurer que les jeunes sont protégés » et que « le public comprenne les risques réels, notamment en ce qui concerne la santé mentale des jeunes« . Elle met en garde contre le risque de voir la santé publique prendre du retard sur l’accès aux produits, une erreur qui a déjà été commise par le passé avec d’autres substances.
La reclassification du cannabis médical aux États-Unis est bien plus qu’un simple ajustement technique. C’est une avancée majeure qui légitime son usage thérapeutique, soulage financièrement une industrie en plein essor et promet d’accélérer la recherche. Cependant, ce n’est pas la ligne d’arrivée.
Le cannabis reste une substance illégale au niveau fédéral, et les débats sur sa place dans la société sont loin d’être terminés. Un rendez-vous est déjà pris en juin pour une audience gouvernementale qui pourrait dessiner les contours d’une évolution encore plus large.
Et vous, que pensez-vous de cette évolution ? Est-ce un pas dans la bonne direction ou une porte ouverte à de nouveaux risques ?